Saint Laurent : démantèlement ou …roulette russe ?

Publié le par Sortir du Nucléaire 41

 


Les centrales de Saint Laurent nous surprendront toujours, nous c’est à dire les simples riverains du site, ou bien les militants du Loir et Cher soucieux de connaître la réalité des choses en matière de nucléaire.
Le plus grave c’est qu’elles semblent surprendre aussi le personnel d’EDF et de l’ASN, hautement qualifié et spécialisé en physique nucléaire. Je parle des ingénieurs bien sûr, pas des communicants. C’est donc une aventure passionnante de pénétrer le sein des seins de Saint Laurent A et de Saint Laurent B, un peu comme pour les archéologues découvrant de salle en salle le coeur des pyramides d’Egypte, ou bien la grotte de Lascaux.


Ici la surprise ne vient pas des caprices d’un pharaon défunt, mais de l’installation de nouveaux ventilateurs dans les enceintes de SLA1 et SLA2!!! A cette occasion ils – les spécialistes – ont découvert des rejets importants de Tritium gazeux provenant des réacteurs en démantèlement, alors que jusqu’à présent ces rejets étaient attribués à l’activité de SLB. D’où l’enquête publique qui s’est déroulée en avril, demandant l’autorisation de modifier les rejets: on passerait de 4000 Gigabecquerels/an pour SLB à un total de 9000 Gigabecquerels/an pour l’ensemble, puisque SLA serait responsable du dégagement de 5000 Gigabecquerels/an.
D’où provient cette radioactivité, alors que les réacteurs de SLA sont à l’arrêt??


Du dégagement de Tritium issu du graphite irradié... Et cela c’est la surprise du chef: le graphite est du carbone pur, mais il dégage du Tritium, isotope de l’Hydrogène.... Car ce graphite est poreux, il piège de la vapeur d’eau qui se contamine à son contact, et s’échappe ensuite.


Hélas les quantités de graphite présentes sur le site de Saint Laurent ne sont pas négligeables. Nous avons toujours eu connaissance de ces fameux silos contenant 2000 tonnes de graphite irradié dont personne ne sait que faire car aucun site de stockage n’est prévu à cet effet. Ce sont des déchets FAVL (de faible activité et à vie longue). Mais à ces 2000 tonnes il faut ajouter 2500t par réacteur à l’arrêt, ce qui fait un total de 7000 tonnes seulement à Saint Laurent, pour un total national de 16000t répartis entre SLA, Chinon et Bugey. Et il semble bien que ces soucis apportés par le graphite n’ont absolument pas été anticipés, c’est l’héritage empoisonné de la filière UNGG (Uranium naturel graphite gaz) qui, doit-on le rappeler, est celle qui donna à une certaine ville d’Ukraine une renommée internationale: Tchernobyl.


De l’aveu même des responsables d’EDF présents à cette conférence sur le démantèlement en juin à Paris, Saint Laurent A sera une des centrales les plus délicates à démanteler. Pourquoi? Car de cette filière UNGG, aucun réacteur n’a jamais été démantelé dans le monde, on n’a donc aucun modèle à suivre. Et puis ils n’ont jamais été conçus dans la perspective d’une future déconstruction. Comme disait François Ier, “Si l’on se préoccupait de la fin des choses, on n’entreprendrait jamais rien.”


Seulement voilà, lui nous a laissé Chambord, et la façade des loggias du Château de Blois, et qui parle de démolir ces merveilles cinq siècles après??


EDF nous avait promis une solution pour ce graphite en 2020, puis 2025, puis 2030, mais maintenant on attend le retour d’expérience de Bugey, alors seulement on enclenchera SLA, puis Chinon, ce qui nous emmène en 2040...

Tout ceci paraît simple résumé ainsi, mais est noyé dans des kilos de papier de l’enquête publique, qui n’a de public que le nom.


Qui des élus locaux en a fait une lecture attentive? Qui des parents d’élèves s’en est imprégné durant ce long week-end pascal et celui du 1er mai?


Monsieur le Préfet qui a fini par autoriser la construction d’une école primaire dans le périmètre rapproché de ces centrales (cf. Photos) avait-il connaissance des risques sanitaires induits par des dégagements de Tritium gazeux?


Je propose donc que nous demandions l’inscription de ce secteur au livre des records!!

Nicole

18/07/2014

Publié dans Saint-Laurent des Eaux

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