Enfouissement des déchets radioactifs et chantage à l'emploi...

Publié le par Sortir du Nucléaire 41

Le chantage à l'emploi est un argument clé de l'ANDRA, et de l'industrie nucléaire en général. Ce qui tombe plutôt bien en ces temps de chômage massif... Pôle Emploi nous apprenait fin mars que le taux de chômage en Lorraine avait augmenté de +7,3% cette dernière année pour les demandeurs d'emploi de catégorie A (catégorie qui ne prends pas en compte les chômeurs qui ont exercé une activité réduite au cours du mois, que ce soit 5heures ou 140h de travail en CDD, ni ceux qui sont en stage, arrêt maladie, formation, bénéficiaires de contrats aidés, etc...)


Bref, la France va mal, l'emploi est en crise comme tout le reste, mais l'industrie nucléaire, jamais avare de bienfaits, nous offre en plus de l'indépendance énergétique* et d'une énergie propre*, durable*, peu chère*, sûre* et éthique*, des milliers d'emplois et de promesses d'emplois. A quoi bon alors développer les énergies renouvelables qui pourraient créer plus de 200 000 emplois d'ici 2020 si la France respectait ses pourtant bien maigres engagements du grenelle de l'environnement en matière de production d'énergie ?

Chez nous en Meuse (et aussi en Haute-Marne) c'est donc de la construction et de la maintenance de CIGEO* que viendra le salut. Merci l'ANDRA*, merci le CEA, merci Areva et EDF, merci Bouygues et Vinci ! Des emplois pour faire tourner le labo, des emplois pour le creusement du site, pour son remplissage, sa surveillance et n'oublions pas les emplois de la zone de stockage "intermédiaire" (et temporaire bien sûr) et surtout ceux de l'usine de reconditionnement des colis ! C'est qu'il va en falloir du monde pour le nourrir notre CIGEO, parce que des fûts il aura pas fini d'en avaler le petit monstre ! Et il en faudra du monde pour réparer et entretenir les belles machines qui descendront toutes seules comme des grandes les colis radioactifs dans les galeries souterraines, parce que si elles tombent en panne ce sera, comment dire... ? Ennuyeux ?

Bref, on aura des emplois, on ne sait pas combien, pour combien de temps et pour qui, mais nos +7,3 % de chômeurs de catégorie A n'auront pas à s'en faire trop longtemps !
Nos maires, nos députés, nos conseillers généraux, tout le monde nous le dit : "l'enfouissement à Bure, ça va créer de l'emploi !"
Des emplois...
On aura des emplois.
Reste à savoir quels emplois. 
Ça tombe bien, on a reçu il y a quelques jours des nouvelles de notre ami Philippe Billard. Il était venu nous voir au festival de Bure-Bonnet* en 2010 pour nous raconter son histoire et celle de ses collègues. Salarié de la sous-traitance du nucléaire depuis 85 il a eu le mauvais goût de dénoncer publiquement les conditions de travail de plus en plus déplorables au fil des années et la maltraitance subie par ses collègues et lui. Il dépose régulièrement des droits d'alerte : rupture d’une gaine de combustible à la centrale de Paluel (première barrière de la sureté d’une installation nucléaire de base), dénonciation d'  expositions non-déclarées, irradiation des travailleurs, absence de suivi médical, non reconnaissance des maladies professionnelles, etc... EDF finit par le déclarer indésirable sur ses centrales : il est licencié par sa boîte, Endel, sous-traitante d'EDF. Depuis Philippe s'est battu contre ce licenciement, et il se bat aussi avec d'autres, au sein de l'association "Santé/SousTraitance-Nucléaire/Chimie" pour soutenir ces salariés sous-traitants qui n'ont aucuns recours, et défendre leurs droits (contact en bas de page : ils ont urgemment besoin de soutien moral et financier !)*

Voilà donc la dernière lettre de Philippe.
Des comme ça on en reçoit souvent.
Et ce ne sera sans doute pas la dernière...

"Aujourd'hui, je suis allé à la pêche. En sortant du parcours, j'ai rencontré un ancien salarié sous-traitant du nucléaire EDF. Nous avons discuté de choses et d'autres. Notamment de jardin car il vient d'acquérir un jardin ouvrier sur une des berges de la Valmont, rivière sur laquelle je m'évertue à faire nager mes mouches. Nous avons parlé de travail car nous avons travaillé dans la même centrale pendant des années, Paluel. Il m'a aussi expliqué qu'il a subi deux cancers graves qui ont failli l'emporter. Un cancer de la vessie qui s'est ensuite installé sur la prostate et autres organes situés sur cette région du corps. Il n'a pas fait de démarche de maladie professionnelle. Il m'a dit ne pas l'avoir fait car il était et est encore fatigué de sa maladie mais surtout il lui a été dit que cela ne pouvait pas venir de ses expositions aux rayonnements ionisants, ni même de ses contaminations internes par rayonnements ionisants (poussières). On lui a dit que cela pouvait venir de l'amiante. Devant ça, il a compris qu'il lui serait difficile de gagner une maladie professionnelle. Il a abandonné car il s'est retrouvé seul face à la maladie et face aux médecins qui ne l'ont pas aidé mais plutôt dissuadé. Cela, c'était en 2008. Je lui ai proposé mon aide et il m'a semblé fuyard mais son épouse plus à l'écoute. Je leur ai proposé de réfléchir et que désormais nous nous verrions souvent. Elle et lui dans leur jardin et moi sur les berges. Ils m'ont semblé contents de ma proposition d'aide et  je leur ai dit que ce serait eux qui feront la démarche vers moi pour être aidés. Nous avons parlé des conditions de travail et il m'a rappelé que nous avions travaillé ensemble à l'époque où la dose annuelle admissible (quelle honte : admissible !!!) était de 50 millisieverts à l'année et qu'il a ramassé grave car il était jumper dans les générateurs de vapeur. Il m'a rappelé qu'il a assisté à des choses inhumaines. Des salariés sous contrats précaires posaient ces fameuses tapes en laissant les appareils de mesure à l'extérieur des générateurs de vapeur.

Voilà une fois de plus, je rencontre un "ancien sous-traitant du nucléaire" et il est malade. Rien que sur Fécamp, c'est le troisième que je rencontre qui a le cancer. Il y en a un qui monte son dossier de maladie professionnelle et nous sommes tombés sur un cancérologue à l'hôpital de Rouen qui nous aide à monter son dossier. Les deux autres, fatigués, pour l'instant ne veulent pas.


Cette industrie, ce lobby du nucléaire a vraiment pris de l'avance sur les salariés et quand je vous dis que la sous-traitance est l'effacement des traces, c'est pas que des conneries et quand nous demandons un recensement des salariés passés dans le nucléaire pour  connaitre leur état de santé, soigner, aider et obtenir réparation, c'est bien parce que ce nucléaire fait beaucoup de victimes qui se retrouvent seules avec la maladie à combattre et parfois les institutions.


Combien de malades y a t'il exactement dus au nucléaire et allons-nous les laisser seuls ?
Voilà bien une priorité quand on parle du nucléaire. Quand nous disons que cette industrie nous fait vivre journellement, à nous salariés de la sous-traitance, l'accident nucléaire, il est temps que tout le monde s'en aperçoive et réagisse.


Je compte sur vous pour nous aider."

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