Débat à Lestiou autour de la sureté de la centrale de Saint Laurent

Publié le par Sortir du Nucléaire 41

    En ces jours où la Suisse, puis l’Allemagne, annoncent leur sortie du nucléaire en une dizaine d’années, quelle n’est pas ma déception de voir qu’à Lestiou, dans la commune où je suis élue conseillère municipale, il ne m’est même pas permis de répondre dans le bulletin (le “Gobion”) à un article de la centrale de saint Laurent vantant la sécurité des installations ?? Une phrase me choque particulièrement, je dirais même qu’elle m’ indigne, pour reprendre un mot à la mode : “Aujourd’hui nous pouvons l’affirmer : la centrale de saint laurent est encore plus sûre de lors de son inauguration dans les années 80.”...


Je soumets à votre sagacité cette réalité de la “démocratie locale” dans une commune située à moins de 5km de la centrale, ainsi que ma réponse qui est apparue “polémique”, et que je destine aux habitants de Lestiou.


Cordialement

Nicole Combredet

 

« Une vérité qui dérange »

Dans le Gobion de mai, l’article « Après Fukushima.. » signé par « La centrale de Saint Laurent », me paraît nécessiter une réponse, tant il rime avec « Tout va bien Madame la Marquise ». Et comment permettre à l’EDF d’être juge et partie dans un bulletin municipal payé par le contribuable, alors qu’elle est devenue une entreprise privée à but lucratif ?


Ce droit de réponse m’a été refusé, c’est pourquoi je m’adresse à vous directement, car je crois que l’information est un des piliers de la démocratie.


 En matière de nucléaire, la transparence s’impose, si l’on ne veut pas revivre le coup du nuage de Tchernobyl qui “contourne” nos frontières.


 Sur le fond, il ne s’agit pas d’affoler les populations, mais d’éveiller leur vigilance face au risque nucléaire qui n’est jamais nul, et de rester très exigeants face à l’information qui nous vient de l’exploitant, d’autant plus que ce risque est invisible, sans odeur et insipide, et que ses effets sont à retardement….
 Ainsi quelques chiffres sont bons à rappeler: les deux réacteurs en activité ont été mis en service en 1981, ce qui n’est plus jeune du tout. Leur durée de vie était bien prévue pour 30 ans, lors de leur mise en service? Nous y sommes aujourd'hui. Il y a d’autre part deux réacteurs en cours de démantèlement depuis 20 ans, et des silos contenant 2000 tonnes de chemises de graphite irradiées, entreposés ainsi à proximité du fleuve pour une durée indéterminée. Si le risque sismique est négligeable, les aléas liés aux caprices de la Loire sont réels: inondations, manque d’eau -que nous réserve cet été ?-surprises dues au gel.


 Plusieurs incidents / accidents nucléaires ont eu lieu à Saint Laurent :
 -  fusion partielle du réacteur n°1 en 1969
 -  fusion partielle du réacteur n°2 en 1980
 -  gel de la prise d’eau en 1987.
 Celui de mars 1980 est le plus grave répertorié en France, classé accident de niveau 4 sur une échelle qui en compte 7 (Tchernobyl = 7).


 Enfin, je terminerai en soulignant que le débat sur le nucléaire n’est pas à classer dans l’opposition classique droite/gauche, comme le prouve le récent vote du Conseil municipal de Strasbourg à l’UNANIMITE pour réclamer la fermeture de la centrale de Fessenheim, située à environ 50km de Strasbourg en zone sismique, et doyenne des centrales françaises. Et que dire de l’arrêt programmé du nucléaire en Suisse et en Allemagne pour 2022 annoncé hier ? Et la France ??


C’est pour toutes ces raisons que se sont rassemblées le 23 avril une soixantaine de personnes au Port au Vin à Avaray, en face de la centrale, en hommage aux liquidateurs de Tchernobyl (80 000 morts ??), dont ils ont exposé une centaine de photos, dont quelques-unes figurent au verso de cette page.
 
Nicole Combredet
Conseillère municipale de Lestiou, Présidente de Sortir du Nucléaire 41, Membre de la CLI de St Laurent et du CESER (Conseil économique, social et environnemental régional).


“Après Fukushima...”

La sûreté est la priorité absolue d’EDF. Dès la conception, à la construction et durant toute l’exploitation de la centrale nucléaire de St-Laurent, les différents risques auxquels sont exposés les installations sont pris en compte, et en particulier ceux résultant d’un séisme ou d’une inondation consécutive à une crue de la Loire.


Chaque année, à l’occasion des arrêts pour rechargement du combustible, les deux unités de production sont contrôlées et de nombreux travaux d’entretien et de maintenance sont effectués, permettant d’intégrer les derniers progrès techniques et les retours d’expérience des autres centrales d’EDF, mais aussi des autres exploitants dans le monde.


A cela, s’ajoutent les inspections régulières de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ‑ dont la division régionale d’Orléans effectue plus d’une vingtaine d’inspections par an sur le site de St-Laurent – qui renforcent significativement et de manière indépendante.
 
Cette maîtrise de la sûreté à tous les stades de la vie de la centrale s’effectue donc dans une logique d’amélioration continue, qui repose notamment sur les leçons tirées des accidents passés. Three Mile Island en 1979 et Tchernobyl en 1986 ont ainsi donné lieu à des programmes importants d’amélioration de la sûreté des réacteurs d’EDF, qui se sont concrétisés par différentes modifications matérielles, en particulier lors des réexamens périodiques de sûreté réalisés tous les dix ans, sous le contrôle de l’ASN.
L’analyse de ces accidents, en particulier dans leur dimension humaine, a également donné lieu à des modifications organisationnelles et à des améliorations des procédures de conduite des réacteurs, en fonctionnement normal comme en conduite accidentelle.


L’organisation d’exercices de crise, locaux et nationaux, permettant d’entraîner les équipes d’intervention et de tester les organisations, a aussi été développée. A titre d’exemple, près de 70 exercices de toutes natures (sûreté, incendie, évacuation…) ont été réalisés en 2010 à la centrale de St-Laurent.


Aujourd’hui nous pouvons l’affirmer : la centrale de saint laurent est encore plus sûre de lors de son inauguration dans les années 80.
 
Les enseignements tirés de l’accident de Fukushima seront déclinés sur l’ensemble des centrales nucléaires d’EDF. D’ores et déjà, sans attendre la revue de sûreté des installations nucléaires demandée par les pouvoirs publics, la direction d’EDF continue à inscrire son action à travers un plan toujours très volontariste visant à renforcer encore plus chaque jour la prévention des risques et la gestion des accidents. Ces actions à court, moyen et long terme concerneront les risques séisme, inondation, perte des alimentations électriques et de la source de refroidissement, ainsi que la limitation des conséquences d’accidents graves.
 
Prévue de longue date, une revue internationale de sûreté (Peer Review) sera conduite sur le site de St-Laurent en novembre prochain par une vingtaine d’exploitants nucléaires français et étrangers, à la demande de la centrale. Son champ d’investigation sera élargi, dans le cadre des premières actions « post-Fukushima ».
 
L’ensemble des résultats sera communiqué notamment à travers la Commission locale d’information dans la démarche, maintenant ancrée depuis des années, de transparence vis-à-vis de l’externe de l’ensemble de notre fonctionnement.

“La centrale de Saint Laurent”

Publié dans Saint-Laurent des Eaux

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