Tritium, vous avez dit Tritium ?

Publié le par Sortir du Nucléaire 41

Bonjour,

Je vous transmets un message que l'Atelier citoyen (asso sud Loire, 15 km d'Angers, dont je fais partie) a fait parvenir à ses 300 contacts dans le cadre d'un cycle sur la qualité de l'eau;

à+  Jean-Yves

Bonjour,

C’était une piste d’action retenue lors de la dernière assemblée générale de l’Atelier citoyen, pour l’année 2018 : voici venu le moment de la mettre en œuvre ! Nous vous proposons donc de démarrer un cycle d’activité autour de la qualité de l’eau. Eau potable fournie par notre réseau, mais pas seulement : le thème de la qualité de l’eau de nos rivières sera aussi abordé (les deux étant d’ailleurs fortement liés).

Il y a une problématique particulière de notre usine d’eau potable autour de l’aluminium et nous essaierons de faire prochainement le point sur ce sujet.

Pour débuter ce cycle, nous avons souhaité donner la priorité à un problème peu connu et pourtant préoccupant : la présence d’éléments radioactifs dans l’eau du robinet.

Une grande partie de l’année, chaque litre de notre eau potable présente une radioactivité non négligeable, rejetée par la centrale de Chinon et les 4 autres en amont.

Une fois passé le caractère anxiogène de l’annonce de cet état de fait, il convient de connaître et comprendre la nature et les conséquences possibles de cette pollution, même si les effets sur la santé des substances mutagènes restent difficiles à établir.

Est-ce un problème nouveau ?

Non, c’est un problème connu de longue date, y compris par l’ARS – agence régionale de santé – qui est l’administration responsable du suivi de la qualité des eaux de boisson. Leur parti pris est de considérer que ce n’est pas un problème.

Plusieurs associations citoyennes du bassin Loire Vienne[1], qui ont un avis différent, ont fait appel à un organisme indépendant de mesure de la radioactivité[2]. Cela se concrétise depuis octobre 2017 par la création d’un réseau citoyen de préleveurs volontaires qui vont transmettre régulièrement des échantillons d’eau pour analyse. Cet organisme, compétent également au sujet des effets de la radioactivité sur la santé, va accompagner les habitants ligériens dans l’analyse de ces résultats.

De quelle pollution s’agit-il ?

Plusieurs produits radioactifs peuvent être détectés à l’état de traces, mais un seul est présent en quantité significative : il s’agit du tritium. L’eau de la Loire est couramment mesurée entre 20 et 40 becquerels par litre d’activité tritium. En clair, dans chaque litre, 20 à 40 désintégrations radioactives par seconde.

D’où vient ce tritium ?

Première origine : naturelle, autour de 0,1 Bq/l

Deuxième origine, un « bruit de fonds » de 1 à 4 Bq/l : c’est les restes du tritium émis lors des essais nucléaires atmosphériques de la période… 1945-1963 (en Algérie et en Polynésie pour ce qui concerne la France)

Troisième origine, la plus massive : le tritium produit par les cinq centrales nucléaires du bassin de la Loire. Pour exemple, la centrale de Chinon avait en 2017 une autorisation de rejet de 80000 milliards de becquerels pour l’activité tritium. Cette pollution est inhérente à l’exploitation normale d’une centrale et ne peut être ni filtrée ni stockée.

Comment ça se présente ?

D’une part sous forme d’eau tritiée (dite eau « super lourde »).

Une molécule d’eau normale – H2O - se compose d’un atome d’oxygène et de deux hydrogènes. Dans la molécule d’eau tritiée, les fautifs sont les deux hydrogènes, qui ont reçus chacun deux neutrons sous l’effet des réactions physiques au sein de la centrale nucléaire, donnant un « cousin » de l’hydrogène, radioactif (fig. ci-dessous: atome de tritium 3H).

Le problème c’est que cette eau tritiée se comporte biologiquement comme une eau normale. Autrement dit, elle peut être très facilement intégrée dans les processus biologiques des êtres vivants. On parle alors de tritium organique, qui peut se retrouver piégé dans des molécules telles que des protéines, des glucides, de l’ADN, etc., bref les éléments de base des cellules qui constituent les tissus de notre organisme.

Sous forme d’eau tritiée, la radioactivité ne va faire que passer sur un temps relativement court dans les organismes. En revanche, le tritium organique va émettre des radiations tant qu’il sera présent dans les tissus.

Quel lien avec l’eau du robinet ?

Rappelons que 85% des habitants du Maine et Loire – et 100% de ceux de la région de Brissac Loire Aubance – ont, au robinet, une eau puisée directement dans la Loire (à – 6 mètres environ dans la nappe alluviale).

On pourrait penser que l’usine de traitement serait en mesure de supprimer cette pollution.

Le problème c’est que l’hydrogène tritium est un des atomes les plus petits et légers du tableau des éléments. C’est quasiment impossible à retenir dans un filtre, a fortiori sous forme d’eau tritiée. Enlever de l’eau à de l’eau n’est pas un exercice facile !

Ci-dessous les premiers résultats du réseau de préleveurs Loire Vienne :

·         on constate que l’eau brute de Loire est à 29 Bq par litre à Saumur ;

·         l’eau du robinet – captée à 45 km de la centrale de Chinon - est à environ 20 Bq par litre (même ordre de grandeur) ;

·         le fait de passer cette eau du robinet à travers un filtre à osmose inverse – maille de 0,0001 micron – n’y change rien : on retrouve en sortie la même quantité qu’au départ !

Est-ce dangereux ?

Le fait que chaque litre d’eau de notre robinet émette 20 ou 30 radiations par seconde est sans doute une découverte pour beaucoup d’entre nous.

Dans ce cas, c’est humain, on ne va pas se poser la question de la santé des organismes qui vivent tous les jours dans cette eau, en Loire ou en Vienne… La question de l’effet sur notre santé nous vient immédiatement à l’esprit.

Les risques du tritium – essentiellement le risque mutagène, l’induction de tumeurs – reste peu connus.

On peut lire dans le « Livre blanc du tritium » (ASN 2011, téléchargeable), en page 245 : « Le tritium, émetteur de radiations bêta, de basse énergie, ne présente pas de menace pour les organismes vivants aussi longtemps que sa désintégration radioactive a lieu à environ 7 microns d’une cible critique…). Par cible critique il faut comprendre le noyau d’une cellule, une chaine d’ADN ou d’ARN, etc.

Autrement dit, basse énergie ne veut pas dire innocuité. Comme le disait Boris Vian dans sa chanson « La java des bombes atomique », l’important c’est pas la portée de la bombe, la seul' chos' qui compt'  C'est l'endroit où s'qu'ell' tombe…

Dans le même livre blanc, p268, des spécialistes de l’ACRO – association indépendante, reconnue par l’IRSN[3]  – intitulent leur article   Tritium, un risque sous-estimé  : « le parcours de la radiation, nettement inférieur au diamètre d’une cellule, peut conduire à ce qu’une quantité d’énergie importante soit déposée dans l’ADN si l’atome de tritium est localisé au niveau de la chromatine (la membrane d’« ensachage » de l’ADN et des ARN dans le noyau, ndr) …/… cette question est en outre accentuée par une densité d’ionisation élevée …/… c’est une des raisons principales qui expliquent la toxicité particulière du tritium, car l’efficacité d’altération biologique des radiations est étroitement dépendante de la densité d’ionisation. »

Que faire ?

L’objectif de cette information n’est pas de provoquer de panique, ni de faire se jeter sur les bouteilles d’eau sous plastique.

Mais il nous semble qu’informer est un incontournable.

Les pouvoirs publics ne semblent pas soucieux de s’emparer du sujet ; or ce problème du tritium est inhérent à toute industrie nucléaire et va s’aggraver si les technologies EPR et ITER sont un jour mises en œuvre.

Il faut continuer à creuser la question : demander à l’ARS pourquoi l’activité tritium, quand elle est analysée dans l’eau du réseau potable, ne fait pas l’objet d’une norme sanitaire, comme les pesticides, mais seulement d’une « indication de qualité ». Seul un dépassement de la valeur de 100 becquerels par litre pourrait déclencher une « enquête » auprès de … ? On ne sait pas.

Si parmi les adhérents et sympathisants de l’Atelier citoyen, certains sont en mesure de contribuer à cette information, il est important qu’ils se manifestent en ce sens auprès de l’équipe.

Nous vous proposons de continuer à creuser le sujet.

Pour en savoir plus, une date peut déjà être retenue : sous réserve de validation, le samedi 15 ou le dimanche 16 septembre 2018, le réseau des préleveurs volontaires en Loire et Vienne organisera un évènement pour le bilan d’une première année d’expérience. Le tritium sera sans doute au cœur des discussions, avec l’intervention de spécialistes.

 N'hésitez pas à réagir à cet article, nous tiendrons compte de vos apports dans les suites qui y seront données

Amicalement
Le groupe "qualité de l'eau" de l'Atelier

[1] Au sein du collectif Sortir du Nucléaire Loire et Vienne

[2] ACRO – Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (que nous remercions pour la relecture de cet article)

[3] Institut de radio-protection et de sureté nucléaire


Visitez le site : www.atelier-citoyen.fr/
 

 

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